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Riom (63), réunion le 14-10-2016

publié le 16-10-2016

syndicalistes, chefs d'entreprises, chercheurs, professionnels du médical...

Riom, dans le Puy de Dôme, six citoyens engagés

Le débat s'engage sur une problématique géographique. Cyril pose la question de la concentration des activités en France. En France, tout est concentré sur deux trois pôles, Paris, Lyon, par exemple", ce qui prive de la possibilité de s'engager dans un champ professionnel ailleurs que dans ces pôles. La décentralisation des entreprises n'est pas une réalité. Pour un profil professionnel donné, soit il faut se rendre à Lyon, soit avoir des qualifications très pointues si l'on veut travailler à Clermont-Ferrand. Non pas que les entreprises à Clermont-Ferrand ne recrutent pas de profil qualifié, au contraire, mais ces profils sont si spécialisés, qu'ils correspondant à des cursus de plusieurs années d'études, dans des domaines très précis, avec donc un niveau d'études très élevé.

De ce fait, à Clermont-Ferrand, coexistent des salariés dans des entreprises de type artisanal avec des salariés hyper pointus. il n'y a pas d'espace entre ces deux catégories. L'employabilité est donc très compliquée parce qu'elle entre en conflit avec une certaine immobilité géographique...des entreprises comme de personnes. Il en résulte pour des villes comme Clermont-Ferrand une rotation des salariés très faible; une fois installé dans un poste très qualifié, une personne peut presque disposer d'un emploi à vie. Faute de mobilité professionnelle, peu d'emplois sont créés à Clermont-ferrand.

Se dégage le sentiment que "pour les entreprises, il faudrait entièrement libres de toutes contingences matérielles et familiales", afin de pouvoir se rendre là où elles offrent des emplois.A Cet égard, le télétravail ne semble pas bien fonctionner, peut-être parce que en France, "le besoin de réunion de visu" est très important, parce qu le "lien humain est capital".

La concentration d'activités induit une hausse du prix du foncier, qui ne facilite pas la mobilité géographique; les entreprises contournent cette difficulté à recruter en augmentant les charges et responsabilités affectées aux salariés en alpe, accroissant voire réalisant le risque de "burn out". Difficile de dire l'importance de ce phénomène, mais les participants observent une montée en puissance de ce phénomène... La question devient "faut-il donc avoir une vie surréaliste juste pour travailler?"

Cette mauvaise répartition du travail se ressent aussi chez par exemple les aide-soignants. Roger signale un paradoxe: pourquoi ne sont-ils que deux aide-soignants le weekend à effectuer les mêmes tâches, comme la toilette de personnes dépendantes, alors qu'il est prévu d'être trois pendant la semaine ouvrée? Pourquoi faut-il donc rationaliser les soins l weekend? UN métier ayant vocation à aider les personnes peut-il être rationaliser au risque de dégrader la qualité humaine de leur travail? Car les tensions sur la charge de travail conduisent à des pertes de patience, voire une moins bonne traitance des personnes âgées. Le personnel soignant tend d'ailleurs à fermer son discours, en se montrant moins accueillant. En filigrane de ces tensions, les gens semblent de moins en moins se supporter, et "la moindre étincelle peut tout faire exploser".

Or les nouvelles personnes qui entrent en Ephad sont de plus en plus dépendantes, et exigent d'autant plus d'attention. L'époque où la maison de retraite était le lieu ù l'on venait vieillir tranquillement, est révolu. Ces établissements accueillent de plus en plus des personnes très dépendantes et dans leurs derniers jours. Pierre signale à ce titre que l'âge moyen d'entrée dans ces établissements est dorénavant de 87 ans, et que leur temps moyen de séjour est passé de plusieurs années à sept mois. L'entrée en maison de retraite est une rupture brutale avec la vie à domicile. S'ajoute à ces tensions la faiblesse relative des effectifs et des moyens et leur mauvaise répartition au regard des besoins.

Cet état de fait contraste fortement avec une époque industrielle clermontoise plus "humaine", pendant laquelle il était normal d'aller prendre un verre après le travail en équipe: "l'entreprise était une famille qui protégeait"... non pas que tout était formidable, mais aujourd'hui les liens au sein de l'entreprise sont managériaux. On oublie donc l'humain. Aujourd'hui, les assistants sociaux ne font plus équipe, ne déjeunent même plus ensemble. Cela participe de l'isolement professionnel. Idem dans les agences supposées insérer dans l'emploi, signale Garance. A Pôle Emploi, l'organisation du travail s'est déformée: l'encadrement intermédiaire est raréfié, ce qui coupe les cadres sup des équipes d'accueil. Même chose pour les jeunes maîtres de conférences: trop de charges administratives, trop de reporting sous formes d'indicateurs, dégoûtent du plaisir d'enseigner, ajoute Edouard.

L'humain est trop oublié dans le coeur des métiers. Dans ces conditions, faut-il s'étonner qu'en cas de difficulté personnelles ou familiales, le travail ne soit pas un plan d'appui, et que le plus fortes pressions au travail sur des personnes en difficulté induisent davantage de burn out, dont il est si difficile de revenir? A-t-on même mesuré les pertes en compétences que cela provoque? Le burn out doit être considéré comme une pandémie dont il faut chercher le vaccin.

Il est important, rappelle Cyril, de ne pas s'accrocher au travail si cela met en danger sa santé!