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Tassin-la-Demi-Lune (69), réunion le 26-09-2016

publié le 02-10-2016

Cercle de 6 enseignants (primaires, secondaire, supérieur, universitaire) et un étudiant

Le débat s'engage sur des considérations générales traduisant un malaise social : malgré leur salaire, aucune épargne ne semble possible, et un sentiment de déclassement gagne les participants au débat. Aucun sentiment de sécurité pour leurs enfants, comment faire face à l'imprévu ?

En abordant la question plus spécifique de l'éducation, les participants enseignants observent un fort évitement des établissements publics au profit des établissements privés, avec un risque de ghettoïsation du public, avec concentration par classe sociale et par ethnie. Les classes moyennes tentent de fuit le public pour le privé autant que possible.

Or la comparaison des emplois du temps des collèges privés et publics est sans appel : les établissements privés ont les moyens de s'occuper des enfants toute la journée, jusqu'à 17:30-18:00, leur offrant plus d'options en langue par exemple, à la différence des établissements publics qui laissent repartir des enfants tôt dans l'après-midi, sans encadrement.

La réforme des collèges passe mal parce que le gouvernement a pris les enseignants pour des imbéciles : les profs ne sont pas dupes, cette réforme vise à faire des économies, pas autre chose.

Il aurait fallu aussi commencer par évaluer quelques expérimentations de la réforme, plutôt que de la généraliser immédiatement.

Or le public fait face à une concurrence déloyale du privé, n'a pas les moyens d'offrir des permanence d'étude, sans compter les questions de transports.

La réforme a été vendue comme visant à favoriser les compétences des enfants, ce qui est en soi une bonne chose. Mais aucune définition de la compétence n'a été donnée. Aujourd'hui, même le redoublement n'est plus qu'une option relevant de la décision des parents : il appartient aux parents de demander le redoublement de leur enfant, pas aux enseignants de l'imposer...

Lors des réunions avec les parents, l'ambiance devient électrique au regard des effets de cette réforme.

Il en résulte une colère sourde des enseignants, avivée par les propos insultants de la Ministre vis-à-vis des « pseudo-intellectuels » contredisant sa réforme.

Sur le fond, les enseignants se disent saisis du sentiment de mentir aux enfants : il faut leur vendre, sans pouvoir les orienter vraiment, que l'accès au Bac, si possible général, est le meilleur projet, tout en sachant que les conditions d'accès à ce diplôme sont mauvaises et que les études supérieures seront pour beaucoup une illusion ou une impasse.

Enfin, se pose la question du projet à transmettre aux élèves.

Au regard de jeunes, le métier d'enseignant semble certes déprimant, mais compatible avec la vie de famille, ce qui semble faux, dans les deux cas, même si l'emploi du temps d'enseignant est à l'évidence plus souple que celui de salariés plus classiques.

Les enseignants espèrent faire de leurs élèves des citoyens capables de porter un regard critique sur le monde, capables de vivre ensemble et de se trouver bien dans la société. Mais ce discours est-il encore compatible avec l'air du temps ? Ayant visionné le film « violence des échanges en milieu tempéré » avec des classes, il ressort que l'analyse des jeunes n'est pas en phase avec celle des adultes : il ne semble pas si choquant pour les élèves ayant vu le film que le héros, jeune consultant, issu de classe populaire, et dont la première mission consiste à imposer place la réorganisation d'une entreprise coûteuse socialement, finisse par se ranger aux objectifs des dirigeants de sa boîte de consulting ; ils trouvent même injuste que sa petite amie, qui s'oppose à cette restructuration, le quitte pour avoir trahi la cause sociale.

Il ressort des débats menés après visionnage de ce film que pour beaucoup d'entre eux, réussir sa vie c'est avoir une « belle femme » et une « belle voiture »...(on notera l'absence de critère venant de jeunes femmes, donc)

De même, lors des élections de délégués, les enseignants indiquent que nombre d'élèves votent blanc, ne voyant pas l'intérêt d'être ou d'avoir des élus les représentant dans l'administration de l'établissement scolaire.

L'engagement des jeunes serait-il donc si différent de celui de leurs aînés ?

Ainsi, les enseignants regrettent que l'Education nationale n'ait jamais su aider « les plus en difficulté », expression qui résumerait in fine le projet général de l'enseignement public, ce qui ajoute au sentiment de mentir aux élèves. Et malgré cela, l'Education nationale tient par l'énergie folle des ces enseignants qui ne peuvent que donner leur engagement pour ce projet.

Ils aspirent ainsi à avoir plus de temps, plus de temps pour prendre du recul, pour mieux se former, pour se poser et donc passer d'une journée d'enseignement à une réunion de réflexion dans les meilleures dispositions, l'esprit débarrassé de l'urgence faute de moyens...

Le débat...

F H - 03/10/2016 07:44

En somme, le projet porté par les enseignants est-il trop arrimé dans leur vision du progrès?

X L - 04/10/2016 09:21

Très intéressant.
Le vote blanc lors de l'élection des délégués m'interpelle. Si tôt, les jeunes se détournent du principe démocratique de la représentation. Pourquoi iraient-ils voter à leur majorité ?
Ce point me semble très nouveau et éclaire largement le désengagement politique des jeunes.
Une piste pour la prochaine réunion avec les mêmes : comment pousser les élèves à voter lors de l'élection de leurs délégués ?

S D - 04/10/2016 20:38

Faut-il voir dans l'attitude des jeunes qui ne votent pas pour une élection de classe, la traduction du discours familial?

P B - 05/10/2016 14:59

Ce débat est reproductible à l'infini, justice, santé, ..Le constat le même : le système est à bout de souffle. Ce qui semble changer et est inquiétant : c'est l'absence de perspective qui traduit bien actuellement le sentiment ( je dis sentiment, car dans les faits la situation n'est pas aussi catastrophique qu'on voudrait nous le faire croire)de délitement de la société et son corolaire : le repliement sur soi même.
Pour cela il faudrait probablement, pour l'éducation repenser ses objectifs, (son niveau d'exigence ?), son organisation et enfin définir les moyens.

F H - 08/10/2016 16:17

Alors reproduisons-le :)

M D - 10/10/2016 20:08

Une remarque qui m'a frappée lors de la soirée portait sur l'école maternelle "où il se passe des trucs très importants". En effet, c'est à cet âge que l'on apprend soit l'indifférence, soit la soif de vivre en société. Un tout jeune gamin à qui on dit inlassablement "tiens-toi tranquille, tu gênes tout le monde" n'osera jamais vouloir changer le monde. Heureusement que des chercheurs comme Catherine Gueguen et Céline Alvarez sont là pour nous dire à quel point une pareille phrase est contraire à tous nos jolis discours sur les droits des humains.

C A - 12/10/2016 17:43

Effectivement, le constat est tout à fait intéressant et l'inintérêt pour les élections de délégués inquiétant pour la suite. J'ai une question sur la composition du cercle car la rédaction et son contenu semblent adopter un point de vue uniquement masculin. Il n'y a que la ministre et elle n'est pas valorisée et les souhaits des élèves ( belle femme, petites amies). Bref, des femmes étaient-elles présentes parmi ces enseignants? Car en 2015, 66,6% des enseignants étaient des femmes, et même près de 83% dans le primaire public (alors qu'il y a 50 ans le % n'était que de 54%). J'aurais donc aimé en savoir un peu plus sur ce point.

M D - 25/10/2016 08:16

Les enseignants étaient représentés par 4 femmes et 2 hommes, à l'image donc de la composition du corps enseignant.